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Respect : la compile de toutes les chanteuse à poigne

Respect : la compile de toutes les chanteuses à poigne

Découvrez l'envers des femmes du rock, de la pop, du blues.

Par Jean Rouzaud

C'est le retour de Steven Jezo Vannier, à qui l’on devait déjà un excellent « California dreaming », livre complet sur le Rock Californien mais surtout sur les dizaines de groupes méconnus et ultra-originaux des sixties.

Cette fois c’est 350 pages sur les Filles , sobrement intitulé RESPECT, d'après la chanson d’Aretha Franklin. On y apprend que ELVIS aurait suivi les conseils - pour ses déhanchements et postures - de TURA SATANA , vedette du film de RUSS MEYER  « Faster pussycat kill ! Kill ! » 

 

Cette show-girl américano chinoise, karateka, que j’ai eu l’honneur de rencontrer, mettait au même niveau GO-GO dancing, self défense, et bonnes manières. Quand à Mick Jagger, sa fascination pour TINA TURNER (époque IKETTES), lui aura inspiré quelques pas et autres allées et venues dynamiques sur scène (James Brown étant hors de portée).

On pourrait ajouter le culot sexué des Ronettes ( RONNIE SPECTOR, femme , égérie et fer de lance du paranoiaque Phil Spector..) mais aussi de BETTY DAVIS ( femme scandaleuse de MILES), toutes deux gravement courtisée par toutes les stars Pop de l’époque. 

L’auteur raconte aussi la méconnue MA RAINEY, et son premier groupe : « Assassinators of the blues ! », et son aplomb , qui lui permet d’assumer son goût pour le gin et sa bisexualité, et une arrestation en party-group  de filles… ou elle affirmera « finalement je les préfère aux hommes » , dans une chanson en 1928 ! ( Prove it on me.) 

 

Changement d’époque et autres  filles gonflées : PATTI LABELLE et son tube « Lady Marmelade » inspiré des prostituées de Nouvelle Orléans, ou les Pointer Sisters , 4 filles de pasteur qui en 1981 sortent « I’m so excited », avec mode d’emploi détaillé et succès à la clé. 

J’apprécie aussi les JOAN JETT et SUZI QUATRO, sorte de bolides Pop-Rock taillées pour la scène, et  qu’importe les «  Spandex » moulants et les gilets en cuir, les coupes mulet et les Riffs rageurs.

Le livre respecte l’ordre et les époques , mais les personnalités sont telles qu’on le lit dans le désordre, par curiosité : 2  sacrés numéros comme MOE TUCKER et NICO , respectivement batteuse et chanteuse du VELVET ne peuvent laisser personne indifférent. MOE, petite brune garçonne et fermée, cognant ses peaux debout, minimaliste et froide,  et NICO,  grande blonde solaire et débridée, prêtresse à l’harmonium, lancinante et grave, déclamant ses visions. Elles sont dans mon panthéon, et ont marqué leur époque .

Mais si le livre revient beaucoup sur les déboires des filles noires avec leurs amants, maris, managers, dealers et autres proxénètes du Show Bizz US, abus et violence qui auraient mené toutes ces DIVAS vers l’alcool, la drogue et les .. Femmes ! L’auteur oublie que ces messieurs ont sombré exactement dans les mêmes enfers…

Quand on pense que le groupe de JAMAICAINS ultra machos de Marley (le père d’une vingtaine d’enfants) s’appelle les Wailers ( pleureurs !)Cet historique cite la plupart des PAROLES importantes des chansons à MESSAGE, et pas mal de complaintes, mais il ne peut nous donner la façon de crier, insinuer, murmurer ou hurler de ces filles, souvent des BETES de SCENE, qui changeaient tout avec leur CORPS .

Car ce livre est beaucoup sous cet angle FEMINISTE, revendicatif et contestataire, ce qui assez bien avec le BLUES au féminin, mais dans le ROCK, c’est plutôt le contraire,  et dans le PUNK c’est tabou !!!...Les SLITS (fentes) crient leur liberté, comme la moitié éthiopienne de X RAY SPEX, POLY STYRENE et son exhortation au Bondage. 

 

Ne parlons pas des française qui, depuis MISTINGUETT ont les hommes dans la peau,  PIAF  qui ne demande qu’à se faire sauter par son légionnaire, MAGALI NOEL qui réclame à son Jules FAIS MOI MAL ou CATHERINE RINGER qui drague Andy de force (comme Piaf avec Milord)… Car elles sont toutes là, dans ce livre encyclopédique !

Et il y en a pour tout le monde, après les afro américaines maltraitées, alcoolos et suicidaires, il y a les Nymphos ( voir plus haut), mais aussi les lesbiennes militantes, façon BETH DITTO, ou LESLEY GORE (américaine des sixties à redécouvrir ) avec son tube «  you don’t Own me » ( tu ne me possédes pas !) ironiquement repris par Klaus Nomi en « You Don’t Know Me » ( + jeu de mots avec Nomi ) 

Chaque chapitre a son BLOC de filles :  typées, révoltées, agitées, déséquilibrées… Même les puissantes NINA SIMONE,  NICO ou ARETHA avaient leur lot d’émotions incontrôlées ou de pulsions négatives. ( Encore une fois exactement comme les garçons !)

Au bout de cette invraisemblable série de filles, on est un peu sonné, mais la mémoire rafraichie et ce n’est que justice puisque la plupart de ces  AMAZONES devraient absolument être inoubliables .

RESPECT . ( Le Rock au féminin) de Steven JEZO VANNIER 

Editions Le MOT et Le RESTE. 340 pages . 24 Euros .