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« Zungguzungguguzungguzeng » : « schtroumpfer » en jamaïcain ?

« Zungguzungguguzungguzeng » : « schtroumpfer » en jamaïcain ?

Le morceau de Yellowman a été interdit de radio en Jamaïque. Il a néanmoins terminé numéro 1 des ventes.

Par Sophie Marchand & Jean Morel

Chaque lundi dans BAM BAM (le Bureau des Affaires Musicales de Nova), vous raconte un morceau sur lequel nous avons tous dansé, et l’on décrypte l’hymne d’un week-end. Aujourd’hui, c’est l’histoire d’un titre que vous connaissez forcément, mais dont vous ignorez peut-être toute l’histoire.

 Zungguzungguguzungguzeng » de Yellowman. Ce titre-là, vous le connaissez. C’est un classique de Radio Nova, notre journaliste Isadora Dartial vous en avez raconté l’histoire cet été. C’est aussi un titre qui a figuré sur la BO de Breaking Bad - et c’est un morceau qui, dès sa sortie en 1983, est un succès populaire immédiat. Malgré ses airs légères et ludiques, ce morceau nous dit  quelque chose de l’histoire du dancehall et de la Jamaïque.

D’abord, le riddim du morceau (la séquence musicale formant la base d’une chanson) n’est pas inventé par Yellowman - de son vrai nom Winston Foster, surnommé ainsi en raison de son albinisme - mais par Alton Ellis en 1967, pour le morceau « Mad Mad Mad ». Ce riddim sera par la suite surnommé « Diseases Riddim », et sera samplé des dizaines et des dizaines de fois. On le sait, la culture du sample et de la Jamaïque, c’est une histoire qui marche.

Zazazazazazazaza, you shouldn’t trouble Mr. Manley, boy

L’histoire de ce véritable tube en Jamaïque est une histoire à tiroirs, savamment entretenue par Yellowman lui-même. Le terme « ZunguZung » serait une espèce de citation tirée d’un discours politique, organisé par le politicien et premier ministre jamaïcain de l’époque Michael Manley. La phrase complète qui inspire à la légende Yellowman son morceau serait prononcée par un mec de l’entourage du Premier ministre, qui aurait dit : « zazazazazazazaza, you shouldn’t trouble Mr. Manley, boy ». 

Quand Yellowman entend la mélodie de cette phrase, il décide alors de la détourner. Mais quand le morceau sort, ce détournement est interprété comme de la moquerie à l’égard du politicien, et le titre est censuré sur les ondes jamaïcaines. Il parviendra néanmoins à devenir numéro un des ventes en Jamaïque.

 I want to zunguzungunguzunguzeng you

Reste une vraie question : ça veut dire quoi « zungguzungguguzungguzeng » ? C’est de l’argot, du sleng : ça veut tout et rien dire. « I want to zunguzungunguzunguzeng you » ça peut vouloir dire, selon le contexte, « j’ai envie de te tuer », « de faire du sexe avec toi » etc. C’est un peu comme le verbe « schtroumpfer », quelque part.

Rapidement, ce néologisme de Yellowman entre dans la culture populaire, et le morceau est, par la suite, samplé des vingtaines de fois. Et surtout, le titre a fait danser des jamaïcains et des fans de dancehall à travers le monde pendant des générations.

BAM BAM, c'est le Bureau des Affaires Musicales de Radio Nova, animé par Sophie Marchand et Jean Morel, du lundi au vendredi sur Nova.

Visuel : (c) capture d'écran Youtube