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Matsumoto : Œdipe travesti, ou la Nouvelle Vague à la japonaise

Matsumoto : Œdipe travesti, ou la Nouvelle Vague à la japonaise

La chronique de Jean Rouzaud.

Par Jean Rouzaud

La ressortie de ce long-métrage japonais vieux de cinquante ans nous replonge dans le Tokyo de 1969, dans un bar de travestis où va se jouer la tragédie d’Œdipe, revue et corrigée en noir et blanc, dans le plus pur style Pop… (avec tenue Courrèges, Cardin, Mary Quant…)

Le réalisateur Toshio Matsumoto (1932 -2017) a réussi un documentaire d’époque, un scénario avant-garde, un mélange des genres (drame, docu, mode, sexe, art…), avec des inserts Pop, Musique, BD, effets d’Op Art et un parfait document underground dans le milieu interlope.

Matsumoto, contre-culture à la japonaise

Après courts-métrages et films expérimentaux, Matsumoto sera reconnu et nommé doyen d’Université Art et Design, puis président d’une société des Arts de l’image : le Japon savait accepter la contre-culture !

Car ce film, derrière ces images de magazine de mode des années 60, est provocant, scabreux, scandaleux. Une guerre de travestis, puis l’inceste du gagnant avec son père, qui se suicidera en réalisant la vérité, et son fils et amant travesti se crèvera les yeux !

Almodovar reprendra ce thème du père qui couche avec son fils travesti.

Mais ici la forme même du film (cadrage, surexposition, distanciation par des images fixes ou parasites) est une œuvre en soi, un rythme changeant, autour des corps minces et imberbes de jeunes Japonais…

Matsumoto : Œdipe travesti, ou la Nouvelle Vague à la japonaise

De véritables travestis mignons, sur-maquillés, en faux cils et coiffures blondes, cocktails, franges et look Pop, jouant d’une féminité ultra-sophistiquée : le choc d’une mode décisive, vieille d’un demi-siècle !

L’auteur et metteur en scène a eu le mérite de repérer un moment de clivage, une révolution des mœurs et des comportements et de le fixer parfaitement sur la pellicule, comme un tableau de mœurs.

Parenthèses de liberté et de culot

Le bar s’appelle « Genet » comme Jean Genet (auteur scandaleux de romans autobiographiques homosexuels). L’héroïne s’appelle Edie (comme Edie Sedgwick, égérie de la Factory de Warhol), et d’autres références avant-gardistes du moment émaillent une histoire folle.

Ce qui fut ultra-moderne paraît aujourd’hui sorti d’une machine à remonter le temps : le flash de la révolution des années 60, une parenthèse de liberté et de culot, qui permit aux homosexuels de sortir de l’ombre et des quartiers réservés.

Les funérailles des roses. Film de Toshio Matsumoto de 1969. Noir et Blanc, 108 minutes. Version originale sous-titrée. Interdit aux moins de 12 ans. Ressortie en salles le 20 février 2019. Distribution Carlotta.

Matsumoto : Œdipe travesti, ou la Nouvelle Vague à la japonaise

Visuel (c) Les funérailles des roses