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Dans le Jargon : « BINKS »

Toutes les semaines, dans BAM BAM, on vous explique ces expressions que l’on entend toujours sans jamais les comprendre.

Chaque semaine, Dans le Jargon, c’est un petit moment linguistico-musical où on explique un terme d’argot et son histoire. Aujourd’hui, on va faire une variation sur le quartier : tiekar, tieks, tiekson, bendo, binks… Bref, bienvenue dans le hood. Au début des années 90, l’argot c’était facile. Pour jargonner - en tout cas en région parisienne - il suffisait de parler en verlan. Le quartier devient vite le tiequar, comme le chante NTM dans « Pose Ton Gun » en 1998 

Jusqu’ici tout va bien, c’est facile à comprendre et pendant des années ça s’est passé comme ça.  Dans la musique on revendiquait son tierquar, un endroit de fierté pour ceux que les médias stigmatisent comme les jeunes des quartiers. Mais « tiequar » c’est long, et comme souvent avec le verlan, on pratique l’apocope - c’est-à-dire qu’on abrège le mot. « Tiequar » devient « tieks » pendant quelques années au moins. Finalement « Tieks » c’était trop court, alors c’est devenu tiekson. Aurore Vincenti, une linguiste géniale, spécialiste de ce qu’elle appelle « Les Mots Du Bitume » explique qu’on ne sait pas vraiment pourquoi ce suffixe est apparu. Elle aime imaginer que c’est par amour, par possessivité, « tiekson », c’est son tiek, son quartier qu’on aime. Au point, comme Kekra, de faire une chanson qui s’appelle « Tiekson » tout simplement. 

On ne vous cite que quelques artistes qui utilisent ces argots-là mais évidemment, de Mac Tyer à MHD, en passant par Lasco, Sexion d’Assaut, Damso ou Sopico tous ont utilisé le terme. Quand un terme d’argot est à la mode, il s’entend dans la bouche de beaucoup d’artistes. Il y a plein d’autres termes qui sont à peu près équivalents. Il y a par exemple le « ter-ter », c’est-à-dire le « territoire » ou le « terrain » en abrégé et en doublé. Il y a aussi le bendo qui lui, vient de l’anglais. Un bendo à la base de la base, c’est une maison abandonnée qu’on squatte entre potes. Or, en anglais, « maison abandonnée » ça se dit « abandonned house ». Donc « bendo ». Par extension c’est devenu, non pas un trap-house dégueulasse, mais la rue, le quartier, dont on vient. « Bendo Na Bendo » c’est un peu un « home sweet home ». Plus récemment encore, on dit le « binks ». Là, c’est un peu plus compliqué. A la base, dans le 93 à Sevran, ça veut dire le bâtiment. « Je suis dans le binks » chante Kaaris, c’est facile à comprendre.

Par extension toutefois, c’est passé dans la bouche de PNL, de Benash, de Ninho, de Koba LaD et à présent, ça veut dire plus largement le quartier. 

Voilà comment d’un verlan tout facile à comprendre on est arrivé au « binks », ce mot qui te donne l’impression d’avoir 120 ans quand on réalise qu’on le comprend pas du tout. 

Dans le Jargon, tous les mercredis dans BAM BAM, le Bureau des Affaires Musicales de Radio Nova, animé par Sophie Marchand et Jean Morel et réalisé par Malo Williams, du lundi au vendredi sur Nova.

Visuel : (c) Nova

Dans le Jargon
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Dans le Jargon

par Sophie Marchand & Jean Morel

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