Aller au contenu principal

Dans le Jargon : « COUPÉ-DÉCALÉ »

Toutes les semaines, dans BAM BAM, on vous explique ces expressions que l’on entend toujours sans jamais les comprendre.

Aujourd’hui, Dans le Jargon est un peu hors format puisqu’on parle d’un genre musical et de son vocabulaire : dans BAM BAM, on coupe et on décale. Le coupé-décalé, pour faire simple,  c’est un genre musical - basé sur des instrus synthétiques minimales et une double caisse claire ultra rythmée - mais  aussi un style de vie, une manière de danser et même de s’habiller. Le coupé-décalé à été créé par une bande d’ivoiriens installée en France au début des années 2000. C’est un art à part entière, avec ses codes, son système, son langage. Raconter son histoire, et dire pourquoi le coupé décalé est une culture fondamentale, serait un peu (trop) long, alors avec Dans le Jargon, on va se concentrer aujourd’hui sur les mots du coupé-décalé. Dans le coupé-décalé, il y a quelques mots d’ordres. Le principal c’est « l’enjaillement », c’est-à-dire qu’il faut s’éclater, le terme étant dérivé de l’anglais « enjoy ». Celui qui sait s’enjailler, qui est élégant, qui sait se saper, qui frime fait alors preuve de « sagacité ». La « sagacité » c’est un des autres concepts principaux avec le troisième pilier, le « travaillement ». Là, c’est un peu plus complexe. Le « travaillement », c’est le fait d’avoir amassé suffisamment de billets pour arroser, en boite de nuit, les DJ et les fans. Il y a une chanson, sortie aux débuts des années 2000, résumant bien tout ça. C’est le tube qui popularise le coupé-décalé à travers la Côté d’Ivoire et le reste du monde. Celui qui chante cette ode à l’enjaillement, au travaillement, et à la sagacité, c’est Douk Saga. Une légende ivoirienne qu’on surnommait le Président qui a marqué le coupé-décalé à tout jamais. 

La spécificité du coupé-décalé, c’est aussi et surtout ses chorégraphies, ses concepts. Chaque chanson de coupé-décalé propose et formule un concept : c’est à dire un pas de danse, qui est nommé dans la chanson, mimé dans le clip, et ensuite repris sur toutes les pistes de danse. Un des concepts les plus emblématiques date de 2006, il est de DJ Zidane et s’appelle le « Guantanamo ». L’idée, c’est de danser menotté comme à Guantanamo, la prison américaine. 

Il y a aussi le Fatigué-fatigué, le Décalé-Chinois, le Pétanco, le Caméra, le Konami, la Chaussure-qui-parle, le Lancement-de-reins, le Colgota, le Lumière-Lumière, la Drogbacité, la Mastiboulance, la Danse-de-la-moto, le C’est-maïs, ou le concept Grippe-aviaire qui consiste à mimer un poulet pris de folie. 

Ca a l’air drôle dit comme ça - et c’est vrai que les expressions sont cool - mais à chaque fois, il y a une idée forte : un concept. Ce dernier raconte souvent le quotidien et, ainsi permet de s’en évader. A chaque fois, il y a une chorégraphie spéciale et ça, c’est vraiment génial. Il y aurait des centaines de choses à raconter sur l’art du coupé-décalé, sur les différentes vagues du mouvement, sur ses artistes principaux, sur son économie musicale, sa circulation en aller-retour entre l’Afrique de l’Ouest et l’Europe francophone, et globalement sur ce que ce style de vie nous dit du quotidien des ivoiriens ou des diasporas d’ici. Toutefois, on va se contenter de conclure en disant qu’aujourd’hui le coupé-décalé s’entend dans beaucoup de territoires musicaux, en France. Dans l’afro-trap par exemple, au final MHD aussi, dans ses morceaux et dans les move qui y sont associés, est un truc de « concepteur ». Mais le coupé-décalé se retrouve aussi dans la house, celle de Bamao Yendé et de son collectif Boukan Records par exemple. Il faut savoir que le boucan est aussi une valeur centrale du coupé-décalé. Par son morceau « Echauffement 1st Kata »  Bamao Yendé ne parle que de ça, alors on l’écoute. 

Dans le Jargon, tous les mercredis dans BAM BAM, le Bureau des Affaires Musicales de Radio Nova, animé par Sophie Marchand et Jean Morel et réalisé par Malo Williams, du lundi au vendredi sur Nova.

Visuel : (c) Radio Nova

Dans le Jargon
Emissions

Dans le Jargon

par Sophie Marchand & Jean Morel

Toutes les semaines, dans BAM BAM, on vous explique ces expressions que l’on entend toujours sans jamais les comprendre.

Dans le Jargon : « FRANGNOL »

Toutes les semaines, dans BAM BAM, on vous explique ces expressions que l’on entend toujours sans jamais les comprendre.

Toutes les semaines, dans BAM BAM, on vous explique ces expressions que l’on entend toujours sans jamais les comprendre.

Dans le Jargon : « BINKS »

Toutes les semaines, dans BAM BAM, on vous explique ces expressions que l’on entend toujours sans jamais les comprendre.