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Dans le Jargon : « SCHNECK »

Toutes les semaines, dans BAM BAM, on vous explique ces expressions que l’on entend toujours sans jamais les comprendre.

Notre chronique Dans le Jargon d’aujourd’hui parle de l’origine du monde, rien que ça. Si vous n’avez pas envie que votre enfant vous demande ce que schneck, teucha, abricot, noune ou encore fouffe veulent dire, vous devriez écarter votre mini-vous de ce podcast.  Vous l’avez compris, il est venu le temps de parler d’un sujet qui fâche un peu, avec une question : comment parle-t-on du sexe féminin dans la chanson française ? Spoiler : on n’en parle pas très bien, et ce, depuis toujours.

Ce n’est pas une surprise, la chanson n’étant que le reflet de la société, on peut se douter que la misogynie a toujours été de mise et bien évidemment - et il faut le rappeler - pas que dans le rap, soyons clair. On vous épargne ce qu’on trouve de plus violent, de plus vulgaire, de plus humiliant en la matière mais sachez que, de nos jours, il y en a encore pour parler de créneaux dans les chattes, qui recommandent de la laver à l’eau de javel ou encore que dans le vagin ils se défoulent. On ne va pas baisser les bras et on va essayer de voir si la chose est en train de changer.  D’abord, il faut lister les mots qu’on emploie. Selon l’âge qu’on a, ce qu’on veut en dire, d’où on vient ou encore selon l’époque on a parlé de minou, de moule, de foufounne, de chagatte, de poupoune, de foufe, de chatte et plus récemment de teucha et de schneck (qui vient de l’allemand escargot, sachez-le). Brassens, lui, préférait parler de blason dans sa chanson éponyme qui nous rappelle, qu’au fond, il n’y a aucun mot à la mesure de la beauté de la chose.

Ce n’est pas rien qu’il n’y ait jamais eu que des mots infantilisants ou animalisants pour parler de la chose. Le linguiste Alain Rey le dit très bien : « la dérision ou la description négative du sexe féminin, c’est le signe que la langue française est extraordinairement antiféministe. »

Il n’y a donc toujours pas de mot juste pour chanter le sexe féminin. Mais malgré une misogynie encore très présente, est-ce qu’on parle quand même mieux de sexualité ? Sachant que les combats féministes avancent dans la société, que l’éducation sexuelle fait elle aussi des progrès, on peut se demander si ça s’entend dans la chanson. Oui et non. Oui, il y a des progrès en terme de représentation de la sexualité, notamment dans le rap. Avant, on parlait des schneks et des chattes pour désigner, par extension, une femme ; la partie pour le tout, une métonymie dégradante. Aujourd’hui, de plus en plus de paroliers inspirés parlent de clitoris, assument la pratique du cunnilingus et se vantent que le point G n’a plus aucun mystère pour eux. La chanson n’est pas moins vulgaire, pas forcément très réaliste, elle est juste moins tabou. C’est déjà ça. En revanche, en France, on n’a pas encore trouvé le bon équilibre pour être à la fois réaliste, didactique et faire danser les gens en parlant bien de sexualité. Malgré l’exemple de Colette Renard qui, en 1963, chantait déjà les « Nuits d’une demoiselle »!

Depuis cette chanson mythique des années 60, il n’y a pas grand-chose de nouveau. A l’inverse, aux Etats-Unis, certaines et certains y arrivent très bien depuis des années. Prince, avec son « Darling Nikki », parlait d’une femme libre et fan de masturbation. Nicki Minaj, pour sa part, répète dans sa chanson « Barbie Dreams » : « I said just lick on the clitoris, don't fucking bite it ». Comprenne qui pourra.

En France malheureusement, on a que très rarement les bons mots pour dire bien les choses. On n’a pas encore compris qu’une bonne chanson pouvait aussi, au passage, nous éduquer à la sexualité. On peut danser et kiffer en parlant de sexe avec justesse. Sur ce, nous ne pouvions pas terminer notre chronique autrement qu’avec une chanson américaine qui, elle au moins, a le mérite de bien expliquer la méthode sans se cacher derrière des métaphores. C’est Khia « My Neck, My Beck ». Petite leçon Dans le Jargon, soyez attentifs.

Dans le Jargon, tous les mercredis dans BAM BAM, le Bureau des Affaires Musicales de Radio Nova, animé par Sophie Marchand et Jean Morel et réalisé par Malo Williams, du lundi au vendredi sur Nova.

Visuel : (c) Nova

Dans le Jargon
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Dans le Jargon

par Sophie Marchand & Jean Morel

Dans le Jargon : « ILLMATIC »

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