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Jodorowsky : « Ni le pouvoir, ni l’argent, ni la célébrité » (2/2)

Quête spirituelle au domicile du poète et réalisateur chilien de « La Montagne sacrée », de retour au cinéma avec un extraordinaire documentaire sur cet art qui guérit : la psychomagie.

« En cette funeste année 1960, un sombre bureaucrate instaura à Mexico la censure théâtrale pour les œuvres qu’il appelait, dans son cerveau de singe, d’avant-garde », raconte  le cinéaste, scénariste, poète, dramaturge et tarologue chilien Alejandro Jodorowsky. Portant beau ses 90 printemps, l’auteur de La Montagne sacrée ou de L’Incal avec Moebius ajoute qu’à l’époque, il lui fallait non seulement « envoyer le texte à un très gouvernemental Bureau des Spectacles », avec description de la mise en scène, mais supporter la visite d’un inspecteur susceptible de caviarder tout ce qui lui semblait nocif. En cas de désobéissance, ce dernier interdisait le pièce, comme pour ses adaptations de Strindberg, de Ionesco, ou son Opéra de l’ordre. « Je fus placé sur liste noire. Mes cours de mime aux Beaux-Arts furent supprimés. J’étais maudit, écrit Jodo. Plus aucun imprésario ou directeur de théâtre ne voulait travailler avec moi, Les peintres, musiciens, acteurs ou écrivains qui avaient gagné en popularité avec mes spectacles n’osaient pas me tendre la main. Je vivais de rien, perdais du poids, broyais du noir. »

Fables Paniques Jodorowski

 

Pourtant, dans les loges d’un cabaret où chante son épouse pour subvenir aux besoins du couple, ce trentenaire subversif a l’idée, « entre minuit et quatre heures du matin, au milieu des tables couvertes de maquillage, de lingerie à paillettes, de faux seins, d’éventails à grandes plumes, de filles nues et de cris rauques d’ivrognes lubriques », de se lancer dans la première et unique BD dont il sera à la fois le scénariste et le dessinateur, tout juste équipé d’une gomme et d’un crayon. Alors qu’il n’a jamais étudié le dessin. 

 

 

 

Fables Paniques Jodorowski
7 vies de Jodorowski

Publiées dans le journal mexicain El Heraldo de 1967 à 1973 et rééditées chez Actes Sud, ses Fables Paniques flirtent « avec l’art brut et le psychédélisme (...), chaînon manquant entre Max Ernst et Terry Gilliam », selon la formule de Nicolas Tellop dans Les 7 vies d’Alejandro Jodorowsky, à paraître aux Humanoïdes Associés. Jodorowsky s’y représente « menacé par l’orgueil, l’envie, la méchanceté »,  mais « accompagné d’un gourou hippie », transposition probable du véritable maître japonais auprès duquel il s’initia au zen. « Disciple capricieux et inattentif », le Jodo de papier ne cesse d’être remis sur le droit chemin, jusqu’à « apparaître lui-même à la fin comme un Sage », « manifestant peut-être pour la première fois son goût pour un art qui guérit ». 

 

Guérir par l’art, c’est aussi la leçon de son nouveau film, Psychomagie, documentaire extraordinaire en salles le 2 octobre, dans lequel une dizaine de « consultants » anonymes – et ce très cher Arthur H ! – réalisent un acte  symbolique, en dialogue avec leur inconscient, propice à dénouer des frustrations, des peurs, des deuils impossible à gérer – et ainsi « sortir de la cage psychique dans laquelle notre famille, notre société et notre culture nous ont enfermés », ce qu’il détaillait dans Psychomagie, le livre, recueil d’entretiens sorti l’hiver dernier chez Albin Michel et dédié « aux jeunes mutants ». 

Psychomagie film de Jodorowsky

C’est ce dont nous parlions déjà dimanche dernier, au domicile d’Alejandro Jodorowsky, qui nous a reçus en pantoufles de velours noir ornées de couronnes dorées, pour une conversation très spirituelle en deux épisodes d’une heure, dont voici la seconde partie. Au cours de laquelle nous parlerons de sa légendaire adaptation inachevée de Dune, de mille éléphants ou du dernier volet de sa merveilleuse trilogie autobiographique, Le Voyage essentiel, après La Danza de la realidad (2013) et Poesia sin fin (2016). Comme l’a dit Jodo : « D’une peau de tigre accrochée au mur, nous ferons des tigres. »

 

Une émission imaginée et animée par Richard Gaitet, réalisée par Sulivan Clabaut.  Programmation musicale : Michael Liot. Photo et vidéo : Morane Aubert.

Domicile de Jodorowski

Rétrospective à la Cinémathèque de Paris, du 30 septembre au 9 octobre.

Image © Psychomagie, un art qui guérit, réalisé par Alejandro Jodorowsky.

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par Richard GAITET
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