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« Sa Majesté la mer » : la session de Zoufris Maracas depuis l’Ocean Viking de SOS MÉDITERRANÉE

« Sa Majesté la mer » : la session de Zoufris Maracas depuis l’Ocean Viking de SOS Méditerranée

« J’aurais 1000 questions à poster, vous qui avez parlé aux rivières., qui avez roulés tant de rochers, et écumez tant de misère ».

Par Bastien Stisi

Groupe humaniste, engagé, concerné par des éléments qui ne s’axent pas uniquement vers leur nombril mais aussi vers ceux des autres, les Zoufris Maracas composent des chansons pleines de douceurs, de tendresses et de spleen, morceaux qui ont donné, au fil des années, des beaux albums que l’on vous joue dès que possible sur cette antenne. Il y avait eu Chienne de vie il y a quelques années (sur Nova, souvenez-vous, c’est le morceau « Et ta mère » qu’on vous jouait) et puis cette année Bleu de lune, un album porté par deux singles salués ici, « Mon ami mon frère » et « Sa Majesté la mer ».

Ce dernier morceau, le groupe qui travaille globalement ces instants de vie transformés en jolies mélodies du côté de Sète, ne l'a cette fois pas composé depuis la ville de Brassens (là où les horizons, comme ce morceau, se tournent vers les eaux), mais depuis le Cap-Vert. Il rend hommage, non seulement à ceux qui risquent chaque jour leur vie en tentant de franchir la cruelle mer Méditerranée, mais aussi à ceux qui tentent, justement, de sauver des eaux ceux qui s'y risquent. 

Depuis 2016, SOS Méditerranée a sauvé plus de 30 000 personnes qui tentaient de franchir la mer qui sépare l'Europe de l'Afrique et c'est sur l'Ocean Viking, le bateau colossal de ces héros du quotidien, que cette session que vous découvrez ici a été tournée.

« J’aurais 1000 questions à poser, vous qui avez parlé aux rivières., qui avez roulé tant de rochers, et écumez tant de misère », chantent les Zoufris Maracas qui ont tenu, aussi, à nous raconter les coulisses de cette belle session :

« On avait déjà soutenu des sans-papiers, on était branchés sur le sort des migrants, depuis « un Gamin », depuis toujours… Là, quand même, y a des gens qui meurent, c’est urgent de faire quelque chose.

Donc déjà, on est allés sur le bateau pour dire MERCI aux équipes de SOS MED, merci pour ce qu’ils font. Si on peut attirer l’attention sur le travail essentiel qu’ils accomplissent, tant mieux.

Monter sur le navire Ocean Viking, ça m’a fait entrevoir la destinée des gens qui se retrouvaient là sur ce bateau, sur leur petite coque de noix. C’est important qu’on appuie des assoc qui font un travail pareil.

Si on peut faire en sorte que ces gens là fassent du sauvetage en mer, il faut les appuyer. Avec tout l’argent qu’on met dans les téléphones portables… ça coute quoi de donner 10 balles à SOS Méditerranée ? Bah ça coute 10 balles !

Ce morceau, je l’ai écrit au Cap-Vert, un matin à 6h, face à la mer. Les rochers c’étaient des galets de 20 cm de diamètre… ça faisait un boucan d’enfer. Je me suis demandé ce que je pourrais poser comme question pertinente à Sa Majesté La mer.

Au fur et à mesure que les mots se posaient, je me suis rendu compte que j’avais mis les gens dans la barque, et que c’était une occasion de leur faire vivre un peu le sort de ceux qui traversaient la Méditerranée…et qui n’y arrivaient pas. Et que c’était terrible. Quand on réfléchit au monde dans lequel on vit… imaginer 200 personnes qui se rendent compte que là elles ne vont pas s’en sortir, des femmes des enfants sur le bateau…

J’avais envie que la barque coule dans la chanson, pour que ceux qui l’écoutent vivent un peu cette situation, et pour rendre un hommage à ceux qui avaient sombré. 

Quand on est revenu du Cap-Vert, on est allés faire une résidence à Rodez, au Club. Ils accueillaient des sans-papiers. À l’heure du déjeuner, il y avait tout le monde au réfectoire. On bouffe, on papote avec un gars et je lui joue la chanson.

Le gars me dit "c’est toi qui a écrit ça ? Parce que moi j’ai traversé la mer en barque, j’ai traversé la Libye, on m’a vendu plusieurs fois…." et il me raconte son histoire.

Qu’eux sont partis à 18h le soir, y avait des vagues, ceux qui ne voulaient pas y aller, ils se sont fait flinguer. Puis à 10h du matin, le bateau s’est cassé en deux, ils étaient au milieu de la mer.

Il y a de l’eau qui a commencé à rentrer. Ils ont essayé d’éponger. Un gamin a lâché un tee-shirt, qui est parti dans l’hélice et a bloqué le moteur.  Ils étaient au milieu de la mer, sans moteur, avec l’eau qui montait toute la journée… heureusement à 18h, un bateau de sauvetage néerlandais qui est venu à leur secours.

C’était ouf comme histoire…écrire une chanson et rencontrer un gars qui l’avait vécu.  Ça m’a donné l’envie de nous rapprocher de SOS Méditerranée et d’encourager à les soutenir. »

Visuel © Zoufris Maracas