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Et un, et deux, et trois degrés

« Youth For Climate » : et un, et deux, et trois degrés

« Nous sommes le climat », petit livre qui appelle à la mobilisation, co-écrit par Anuna De Wever et Kyra Gantois, 17 et 19 ans, qui ont initié, en janvier, des manifestations hebdomadaires pour le climat.

Par Armel Hemme

Les deux belges flamandes sont les fondatrices du mouvement mondial Youth For Climate, qui appelle chaque semaine à la grève scolaire, dans l’espoir de provoquer un sursaut. Elles étaient de passage à Paris la semaine dernière.

À quoi servent ces manifestations ?

Ça fait très longtemps que les politiques disent : « Les gens devraient être responsable individuellement : prendre des douches moins longues, le vélo au lieu de la voiture, moins l’avion... » Tout cela est vrai, mais on dépense toujours des milliards de dollars en énergies fossiles au lieu de les dépenser en énergies renouvelables. Le gouvernement a une responsabilité importante dans la crise climatique mais ne fait rein. En manifestant, nous demandons que les gouvernements prennent leurs responsabilités au lieu des individus, car nous n’avons pas le pouvoir qu’ils ont. Ce sont les gros pollueurs et ils doivent changer le système. Nous ne pouvons pas le faire seul.

Vous devriez retourner à l’école, vous êtes trop jeunes et naïfs

Vous avez rencontré  Emmanuel Macron et le Premier ministre belge Charles Michel il y a quelques jours en Roumanie, en marge d’un sommet... Que vous disent-ils ?

Oui, c’était la deuxième fois que je rencontrais Emmanuel Macron. La première fois, il m’avait dit : «  Vous devez vraiment continuer. », et cette fois-ci, il m’a dit la même chose. Les politiciens nous disent souvent qu’on doit continuer, car c’est important et qu’ils ont besoin de faire pression. Mais on a besoin d’eux pour prendre les décisions courageuses. On ne devrait pas être dans la rue, ça ne devrait pas être nos responsabilités, je devrais être à l’école et étudier. Mais nous sommes dehors car rien ne se passe. Parfois, ils nous disent : « Vous devriez retourner à l’école, vous êtes trop jeunes et naïfs », mais c’est aussi naïf de penser qu’on peut continuer comme ça au lieu de faire quelque chose, et que le climat se portera bien. 

Qu pensez-vous et que dites-bous quand des responsables politiques vous disent : « Allez, bravo les jeunes, continuez ! » ?

C’est bien qu’ils nous regardent positivement, car beaucoup de politiciens ne le font pas. Mais encore une fois, je me moque des paroles et je leur répète qu’ils doivent transformer les transformer en actions. Parce qu’au final, ils sont les leaders mondiaux. Leur job est de transmettre cette planète à la génération suivante en bon état, et pour le moment, le résultat est merdique.

Anuna, vous avez fondé, avec votre amie Kyra, le mouvement Youth For Climate. D’où vous vient cette conscience écologique, quand la plupart des gens n’en ont pas ?

J’ai été élevée de manière très écolo. Mes parents m’ont toujours dit de prendre soin de la planète, de recycler et de prendre le vélo. L’été dernier, il y a eu une grande vague de chaleur en Belgique. Ça m’a fait flipper, c’est la première fois que j’étais vraiment confrontée au changement climatique. Ça m’a toujours semblé lointain, mais là j’ai compris que c’était maintenant et qu’on allait y être confrontée aussi. Et quand la Belgique n’a pas signé l’accord à la COP 24, j’ai réalisé que les politiciens ne faisaient rien. À la seconde où vous commencez à comprendre ce que le changement climatique signifie, vous commencez à paniquer. Et puis, vous agissez. 

Pour conclure, vous appelez à des changements concrets et rapides des modes de vie et des façons de consommer.

C’est évident que si nous ne changeons pas nos habitudes et notre façon d’agir avec la planète maintenant, nous n’y arriverons pas. On ne voit rien changer, c’est ce qui rend les choses si terrifiantes. Quand vous savez à quel point nous sommes loin des objectifs et ce qui va se passer si on ne les atteint pas, je ne suis pas optimiste quant à notre avenir. Mais je sais qu’on peut encore faire quelque chose, et c’est pourquoi nous sommes dans les rues chaque semaine. Quant au mouvement, je pense que je continuerai toute ma vie, car les changements seront la seule vraie priorité que ma génération aura à affronter pour survivre. 

Le Today’s Special d’Armel Hemme, c’est du lundi au vendredi à 9h30 dans la Grasse Matinale.

Visuel © Getty Images / John van Hasselt - Corbis